lundi, mai 09, 2005

L'ennui

"En face de l'angoisse du désir inégal, il y a autre chose non moins terrible, la fatigue de l'égalité, l'ennui du désir égal." (1). Notre société amatrice de sensation forte, de surprise et de diversité est-elle devenue incapable de jouir de la présence fidèle, de la confiance qui nous fait grandir et reposer en paix au delà des inquiétudes bouillonnantes d'une société mondialisée. On sur-valorise la famille comme havre de paix et l'on méprise en même temps la routine, la mort d'une passion.


(1) Olivier Abel, ibid p. 107

dimanche, mai 08, 2005

M'aimes-tu ?

Quand Abel note dans la discipline de la véracité une perpétuelle inquiétude, un "Et si je me trompais sans le savoir ?" il me rappelle l'aporie déjà signalée chez Jean Luc Marion, cette impasse du "M'aimes-t-on ?". Abel souligne d'ailleurs, l'exigence d'autonomie individuelle qui peut devenir pathétique dans son désir de sincérité, d'indépendance jusqu'au "serf-arbitre (...) qui suis-je, moi, que serais-je si j'étais libre du regard et de la parole de l'autre ?" (1).

Ne retrouve-t-on pas ici encore dans une nouvelle conjonction cette notion de rôle que nous avions noté chez Balthasar sur Chemins, le blogue...

(1) Olivier Abel, ibid p. 101

samedi, mai 07, 2005

Divorce

"Tout conduit au divorce" (1). Dans notre société en effet, la pression la plus grande n'est plus celle qui nous poussait au mariage mais celle qui nous conduit à baisser les bras alors que tout peut-être à nouveau possible. Quel effort faisons nous ? Quel tiers avons nous consulté ? Pour que les joies premières qui nous conduisent l'un vers l'autre ne puissent venir reverdir les cimes de notre amour enfoui dans la routine, la lassitude ou le rêve...

(1) Olivier Abel, ibid p. 73

vendredi, mai 06, 2005

Au revoir l'image, bonjour le réel

La grande difficulté de toute histoire amoureuse est de pouvoir quitter l'image idéalisée et impossible que l'on peut avoir de l'autre pour s'attacher à une singularité toute ordinaire quoique irremplaçable. (1) Cet abandon sans retour est le pas du mariage. Non pas celui virtuel de l'engagement d'un jour, mais cette lente conversion intérieure qui nous fait passer du multiple à l'unique, d'un univers du possible à un je veux t'aimer. C'est le pas du "Je te reçois et je me donne à toi". Un lâcher prise qui conduit à une joie incommunicable et privée.

(1) d'après Olivier Abel, ibid p. 53

mercredi, mai 04, 2005

L'amour durable

L'amour durable n'est pas vendeur ? (1) et cependant les derniers sondages le confirment, la famille est la valeur centrale pour nos sociétés. Quel est ce paradoxe. Probablement une tendance à survaloriser liberté et plaisir immédiat. Mais le plaisir peut-il est durable s'il n'y a pas d'engagement, de volonté de durer. Et la liberté est-elle véritable s'il ne s?agit que d'une conformité à des élans passionnels. Suis-je libre quand je suis mes pulsions. C'est au coeur de ce questionnement intérieur que je peux me rendre compte, qu'au delà de ces deux aspirations, un chemin est possible, vers une liberté plus profonde et vers un engagement plus durable. La condition de ce bouleversement ? Devenir humain au prix d'un effort sur soi-même. Effort libérateur.

(1) Olivier Abel, ibid p.51

mardi, mai 03, 2005

Explosion

Deux des principales tensions qui maintenait le mariage ont explosé dans notre société moderne :
- la pression sociale
- la norme religieuse
Il reste donc à lui donner un autre sens, un acte libre qui porte un homme et une femme à choisir librement de s'engager pour la vie dans une aventure hors du commun, loin des sentiers battus, au delà de la conformité, au delà de la seule recherche du plaisir.

C'est un pari fou, mais un pari porteur de sens.
Un acte libre et en soi libérant de toutes les pressions intérieures, les déterminismes et conformismes.

J'avais le mariage n'avait été aussi empli de sens.

lundi, mai 02, 2005

Idolatrie - II

Il y a dans les catéchèses du mercredi de Jean Paul II (qui viennent d'être republiées aux éditions du Cerf sous le titre : "Homme et femme il les créa") un long passage commentant le regard et cette phrase de Jésus : "Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme et la désire a déjà commis l'adultère avec elle dans son coeur" (Mat 5,28)
En première lecture, cette phrase ne m'avait pas touché, peut-être parce que je ne me sentais pas véritablement en adultère.
Et cependant, le commentaire de Jean Paul II, qui consacre plusieurs mercredi sur ce thème nous permet de prendre la mesure de la nature même de notre regard, y compris sur notre propre épouse. Et l'on mesure, que notre regard n'est pas souvent un regard de personne à personne, mais bien celui d'un homme du haut d'une tour (cf. infra), qui regarde l'autre comme objet et lui refuse sa place de personne, d'autre...

Il y a donc un chemin intérieur à parcourir, un chemin qui est "descente de tour"...

samedi, avril 30, 2005

Idolatrie

Jusqu'à elle point notre façon de faire, de présenter la rencontre intime d'un homme et d'une femme n'est-elle pas en fait, une idolatrie, c'est-à-dire au delà du raisonnement positif, une secrête vénération de cette course au plaisir qui nous habite intérieurement.

On peut se laisser aller dans ce travers, sauf à prendre une distance suffisante, un recul qui permet de réintroduire une chasteté véritable.

vendredi, avril 29, 2005

Solitude - II

Les limites d'une réflexion sur la solitude et sur ces élans mystiques qui nous poussent à quitter le présent dans la complaisance d'un état idéal, c'est cependant cette paresse qui nous pousse à fuir la routine du donner et du recevoir, la fatigue de l'encore. "Il y a en face, en face de l'angoisse de la solitude une autre chose moins terrible, la fatigue de partager, de sans cesse devoir partager, donner, recevoir, la fatigue de devoir quoi que ce soit à quelqu'un d'autre".(1)
Fuir le présent pour se complaire dans le rêve.

(1) Olivier Abel, Le mariage a-t-il encore un avenir ?, Bayard 2005

lundi, avril 25, 2005

Solitude

La solitude serait-elle commune à tout homme et ce jusqu'à la mort.
Solitude foncière de l'homme qui malgré la course au relationnel traduit un manque de sens, de direction ?

Solitude qui nous met face à nous-même dans une véritable responsabilité.

Solitude enfin qui nous renforce notre désir de l'autre, du tout Autre...

dimanche, avril 24, 2005

Inutile ?

Trouver un langage commun ? Quand l'autre n'a rien à dire, quand on est face à une absence de points communs, on peut être effectivement interpellé par notre place, notre rôle. Difficile de mettre au point un discours, au point que peut réapparaître le sentiment d'être inutile... Peut-être que de fait, le décentrement devient alors plus évident. Si je ne peux t'être utile, en apparence, laisse moi Seigneur être le seul signe de ta présence...

vendredi, avril 22, 2005

Idéal

Le coeur d'un choix amoureux, d'un discernement, ne repose-t-il pas dans ce conflit intime entre l'idéalité (de l'autre et de soi-même) et le réel ?

L'idéal nous fait courir, éveille notre désir, mais le réel nous heurte de plein fouet.
Travailler vers un renoncement à l'idéal, c'est avancer sur le chemin où l'on entre dans la confiance et l'espérance...
C'est préparer le chemin d'un je veux t'aimer pour la vie...

dimanche, avril 17, 2005

Couper les ponts du passé...

Le choix de l'engagement dans le mariage est-il concommitant dans le couple.
Dans la conférence mentionnée précédemment, nous développions l'idée reprise dans Découvrons l'amour de Denis Sonet, que l'engagement véritable est le résultat d'un saut dans le vide, le passage d'un pont fragile, sans retour...

Mais sommes nous en phases pour passer ce pont. Oui en principe, lorsque les époux prononcent le oui à l'Eglise. Mais une réflexion sur la personne, la distance souvent importante entre son Moi conscient et son paraître, le rôle qu'il joue face au monde (à l'aune des réflexions en cours sur la dramatique selon Urs von Balthasar) me font penser que si le oui est prononcé en apparence, il y a nécessairement une distance entre les deux conjoints sur leur capacité réelle à vivre cette préférence comme indissoluble. Ce saut est donc progressif. Certes on peut être l'un et l'autre dans la même dynamique, mais ce n'est que dans le temps que ce oui pour la vie devient réalité...

Cela repose principalement sur la capacité à dire véritablement un "je veux t'aimer" qui est lui même constitutif de la démarche d'alliance...

En théorie une bonne préparation au mariage, permet de réduire cette distance, cette assymétrie dans l'engagement.

A travailler...

Conférence à l'Institut de la Famille

Juste pour souligner une intervention plus longue que ce simple blogue.
Lundi dernier, ils étaient une petite centaine à venir nous entendre (mon épouse et moi) sur le thème "Vivre son sacrement".
Vous en trouverez pour quelques temps, la version texte sous ce lien

A cette occasion, une question des auditeurs réveille en moi quelques échos...
Voir billet suivant...

samedi, avril 16, 2005

La Confusion des genres

Juste pour signaler la sortie chez Bayard de ce nouveau livre de Xavier Lacroix : La Confusion des genres qui donne un éclairage chrétien construit à ce problème difficile de l'adoption par deux personnes du même sexe.
Il y reprend deux articles parus dans Etudes, complété par un argumentaire détaillé sous forme de questions réponses à des propos souvent peu fondés.

On y lit un propos qui reprend ce que je dis plus bas sur la chasteté dans sons sens parental, cette capacité à mettre entre le parent et l'enfant la juste distance qui lui permettra de grandir sans étouffer, de s'éveiller et de partir. En discutant avec X. Lacroix hier de ce livre, il me soulignait le risque fréquent dans un couple de même sexe d'un manque de pudeur sur leur intimité sexuelle vis-à-vis de l'enfant. Les conséquences de ce voyeurisme ou de relation qui peuvent devenir incestueuses me semblent graves sur la construction de l'équilibre de l'enfant.

Un sujet difficile et un livre qui apporte de bonnes réponses.

dimanche, avril 10, 2005

Chasteté...

La chasteté n'est pas la continence sexuelle mais bien cette attitude où l'on prend distance. L'autre n'est pas objet mais autre.
Etre chaste, c'est descendre de sa tour de désir et construire avec l'autre une symphonie fragile où chacun est respecté, tel qu'il est.

La chasteté est aussi parentale, dans l'art de laisser l'enfant être, devenir, grandir et partir.

On peut se demander si chasteté n'est pas de l'ordre de cette distance et proximité qui caractérise la relation entre l'homme et Dieu. Distance qui respecte l'autre dans sa dimension entière et proximité dans cette kénose où je m'agenouille devant l'autre, je me fait proche, tout amour et tout don...

samedi, avril 02, 2005

Homme et Femme, il les créa...

En ce jour de Deuil pour l'Eglise, je veux saluer ici celui qui a tant fait pour le couple et notamment une spiritualité du corps...

Citons dans le désordre (non exhaustif) :
- Jean Paul II, Encyclique Evangelium Vitæ
- Jean Paul II, Exhortation Apostolique Familiaris Consortio
Les Tâches de la famille chrétienne,
- Jean Paul II, Lettres aux Familles, Mame-Plon,
Paris, février 1994
- Jean Paul II, Catéchèses du mercredi,
du 5 septembre 1979 au 28 novembre 1984 (4 ouvrages) :
- A l'image de Dieu Homme et Femme,
Une lecture de Genèse 1-3, Cerf, Paris, mars 1985
- Le corps, le coeur et l'esprit, Cerf, Paris, octobre 1984
- Résurrection Mariage et Célibat,
L'évangile de la rédemption du corps, Cerf, paris, mars 1985
- L'Amour humain dans le plan divin, Cerf, Paris septembre 1985
Une série plus longue mais plus accessible qui permet de mieux comprendre la pensée deJean Paul II sur le mariage, dans un style moins difficile que les encycliques. Quelques merveilles, en particulier dans le dernier tome sur le lien entre l'amour humain et l'Eucharistie.
Karol Wojtyla [Jean Paul II], "Amour et responsabilité",
Stock, Paris, novembre 1978
Difficile mais donnant une bonne analyse d'une sexualité responsable

mercredi, mars 23, 2005

Donner le temps au temps...

Donner le temps au temps.
Souvent nous voulons maîtriser le temps, l'organiser. Est-ce que ce n'est pas une façon de s'ériger en Dieu, et donc de tomber au coeur même de la chute que décrit Genèse 3. L'arbre de la connaissance et de la maîtrise.
C'est pourtant le chemin inverse sur lequel nous conduit la méditation de l'Ecriture. Après le massacre des prêtres, Elie est conduit par Dieu au désert (1 Rois 19). Pendant 40 jours, il va marcher dans le désert. Pourquoi ? Comme pour l'Exode et ses 40 années de pérégrinations vers la terre promise, il s'agit d'apprendre à mettrede la distance entre sa toute-puissance et le temps de Dieu. Trouver le temps de Dieu, passe par une dé-maîtrise, un dé-centrement.
C'est aussi le lieu d'une chasteté. Non pas au sens où on l'entend souvent : celle d'une pure continence sexuelle, mais bien celle qui laisse l'autre être, sans que l'on lui prenne son temps, sans lui faire violence. La chasteté, c'est la marche au désert où je quitte ma volonté de puissance pour trouver le souffle fragile d'un autrement.
Elie au bout du chemin parvient sur la montagne. Mais Dieu n'est pas dans le tonnerre ou le feu. Il est dans le "bruit d'un fin silence". Le souffle ténu d'une liberté qui nous laisse libre mais qui ne se manifeste que lorsque l'on a abandonné la maîtrise du temps, quand on a rejeté le désir de maîtriser l'autre et nous même. Ce n'est plus alors la violence mais l'épiphanie d'une présence.
Le fruit de la chasteté, c'est peut-être rejoindre cette tempérance qu'évoquait déjà Aristote dans l'Ethique à Nicomaque. Loin de nos passions frivoles, loin de l'urgence, le temps de Dieu, le temps qui nous échappe mais qui prend alors toute sa mesure.

samedi, mars 12, 2005

Séparation - II

Au delà de ce discours théorique, il reste cependant la réalité d'une vie.
Et la prise de distance est souvent la meilleure façon de remettre de l'ordre dans ses idées, de reprendre pied quand un quotidien ne permet plus de dépasser la violence et la haine.

mercredi, mars 09, 2005

Séparation

La séparation est visiblement utilisée par des couples chrétiens, si l'on en croit je ne sais quel site d'avocats qui précise qu'elle est rare et permet parfois de mettre de la distance dans une situation tendue et parfois irréparable...

Si elle est temporaire et permet de mettre de la distance dans une situation trop conflictuelle, on peut en comprendre l'utilité. Mais si elle est l'antichambre d'un divorce cela m'interpelle, en particulier lorsque l'autre ne dispose pas de la même solidité psycho-affective.

Cela reste une solution "moderne". Mais cette "tentation" a plusieurs inconvénients qui me semble majeurs :
1) que va devenir l'autre, quand je décide de me séparer ?
2) suis-je prêt a vivre les inconvénients cumulatifs (solitude, culpabilité, fragilité) qui sont connexes à ce type de solution,
3) il fait porter un poids lourd aux enfants qui vont rester toujours déchirés entre leur amour pour chacun des parents et comme toujours se sentir responsables...

Mais surtout, la séparation/divorce n'est pas compatible, a priori avec l'engagement pris lors de son mariage. Quelle que soit les conditions de celui-ci, les non-choix et les difficultés qui l'ont précédé, le mariage reste un engagement personnel, une volonté de s'unir à quelqu'un pour la vie, pour le meilleur mais aussi le pire. Ce n'est pas un contrat que l'on peut rompre pour incompatibilité de sentiment, mais bien l'engagement d'accompagner l'autre quand il est fragile, malade, souffrant et cela même lorsqu'il n'est pas à la hauteur de l'attente.
C'est dans l'assymétrie du recevoir et du don que l'on peut juger de l'existence d'un amour véritable et non dans l'existence ou non de sentiments pour l'autre.

Aimer ce n'est pas être transporté par l'autre dans un élan passionnel mais entrer dans une dynamique qui implique le don de soi et donc un décentrement...

Ce sens éthique du mariage est au coeur de l'engagement chrétien. Bien sûr, on peut l'ignorer et passer outre. Il reste difficile de juger les actes et la capacité à suivre un oui jusqu'au bout. Mais cela reste pour moi quelque chose d'essentiel, de fondamental. Il est certain, que dans mon cas, c'est plus facile à dire, puisque je ne vis pas le pire. Mais voilà ce à quoi je tient.